Apprentissage du genre

Le sexe ou les organes génitaux d’un enfant sont naturellement déjà déterminés dans l’utérus. Mais c’est également dans l’utérus que commence le développement du genre d’un enfant ou de la perception de son identité. Les hormones jouent certes un rôle dans le développement du sexe d’un enfant, mais elles influencent aussi le cerveau du fœtus.  Cela n’empêche pas que des facteurs environnementaux soient aussi très importants dans le développement d’un comportement typique du rôle de genre.

Le rôle que l’on assume au sein de la famille et de la société dépend de facteurs à la fois génétiques et culturels. Le facteur génétique est déterminé par la forme des organes sexuels à la naissance: on est un garçon ou une fille. Les parents reconnaissent les gènes aux organes génitaux: masculins ou féminins. Ils attribuent alors à l’enfant le rôle qui convient à son sexe biologique pour qu’il sache bien plus tard comment se comporter envers les autres. Au moment où l’enfant est conscient d’avoir une identité – le ‘je’ –, son rôle futur est déjà défini par la société/la famille; l’enfant est un petit garçon ou une petite fille. L’enfant assimile ainsi toutes les nuances, subtiles ou grossières, que l’on associe au fait d’être un homme ou une femme. Aucune place n’est laissée au hasard ou au doute.

L’enfant commence très tôt l’apprentissage du genre. Une étude a démontré que les bébés de 9 mois sont déjà capables de distinguer le visage d’un homme de celui d’une femme. Deux mois plus tôt déjà, ils peuvent distinguer une voix d’homme d’une voix de femme. Il faudra cependant attendre l’âge de 2 ans et demi voire 3 ans pour qu’ils soient capables de comprendre la différence entre les sexes. Ils comprennent plus tôt la différence de sexe chez les adultes que chez les enfants. Ils ne distinguent pas le sexe en fonction de caractéristiques dépendant du genre (comme les seins), mais en fonction de la coiffure ou des vêtements des gens. C’est seulement entre 5 et 7 qu’ils commencent à utiliser de manière univoque des caractères sexuels spécifiques pour distinguer les deux sexes.

L’apprentissage des sexes se fait en trois phases. L’enfant parvient tout d’abord à identifier son propre sexe et celui des autres. Il apprend ensuite que le sexe est stable et ne varie pas dans le temps, pour parvenir enfin à la constatation selon laquelle le sexe est permanent et ne peut plus être modifié par des facteurs externes (ce n’est pas parce qu’on joue aux Barbies et qu’on va au lit avec une perruque qu’on est une fille au réveil).

Stéréotypes

L’idée que les enfants se font des deux sexes est essentiellement stéréotypée. Il est ressorti d’une étude que les enfants de 3 ans qualifiaient de forts, intelligents, bruyants, costauds, grands et rapides d’autres enfants qui leur sont présentés comme étant de petits garçons. Au cours du même test, les enfants présentés comme étant de petites filles avaient été qualifiés de faibles, silencieux, peureux, petits et lents (Cohen-Kettenis & Pfäfflin, 2003). C’est seulement à partir de 7 ans que les enfants acquièrent un peu de flexibilité par rapport à leurs stéréotypes. Ces conceptions relatives au genre s’inscrivent en outre dans un plus vaste processus d’apprentissage : elles sont aussi étroitement liées aux conceptions relatives à l’ethnicité comme le montre clairement ‘l’étude des poupées’ de Clark & Clark (1940) (cf. film ci-joint).

Apprentissage par l’obversation

Les enfants approfondissent énormément leurs connaissances sur les différences de genre en observant les modèles de rôle. Ils sont influencés à la fois par leurs parents, les autres adultes, leurs professeurs, les personnes du même sexe qu’eux et les médias. Les parents se comportent (in)consciemment de manière différente avec les garçons et avec les filles. Il semble surtout que les pères stimulent fortement le comportement de jeu correspondant au sexe de leur enfant, et ce dès le plus jeune âge de ce dernier. Les études montrent que les professeurs adaptent leur approche des enfants en fonction de leur sexe. Les personnes du même sexe stimulent le comportement (de jeu) de leur genre et rejettent celui de l’autre sexe. Les filles ont souvent une meilleure amie et se confient à elle. Les garçons ont moins souvent un meilleur ami et jouent davantage dans de grands groupes, au sein desquels leur statut est important. Les enfants passent la majeure partie de leur enfance en compagnie de personnes du même sexe.