Pensée H/F

Presque tout le monde grandit dans l’idée d’être un homme ou une femme, rares sont ceux qui doutent de leur identité sexuelle. Il semble également qu’il y ait deux possibilités : un corps d’homme ou un corps de femme. L’histoire nous montre que la réflexion sur les corps en tant que masculins ou féminins a fortement évolué au fil du temps (cf. par exemple Laqueur, 1990).

D’un modèle sexuel unique à un modèle sexuel duel

La dénomination d’un corps en tant que masculin ou féminin ne s’est en effet pas toujours faite de la même manière en Occident. Jusqu’à la fin du dix-septième siècle, un sexe était considéré comme une variation d’un seul et même élément, où le sexe féminin était perçu comme une inversion du sexe masculin. Le vagin par exemple était conçu comme un pénis dressé vers l’intérieur. L’utérus était un scrotum interne. Il a fallu attendre toute une évolution des connaissances médicales pour que les deux sexes soient considérés comme des éléments distincts. Le ‘corps moderne’ était né (Wils, 2001).

Autrefois, on se basait uniquement sur les différences anatomiques pour déterminer le sexe d’une personne (et c’est encore la plupart du temps ce qui se passe lors d’une naissance). De nos jours, l’endocrinologie (science de la médecine qui étudie les hormones) et la génétique (science de la médecine qui étudie les gènes) interviennent également. L’anatomie, l’endocrinologie et la génétique recourent cependant à des critères différents pour déterminer le sexe d’une personne, et n’aboutissent pas toujours aux mêmes conclusions. Le fait de penser uniquement en termes de catégories masculine et féminine a en effet pour résultat d’inclure ou d’exclure. Qu’en est-il des quelques 17 variations distinctes sur le thème du sexe, toutes recouvertes par l’appellation ‘troubles intersexués’? Selon des estimations prudentes, 2% à peine de la population seraient intersexués. Les personnes intersexuées sont des personnes dont les sexes anatomique, endocrinien et génétique ne coïncident pas, d’une manière ou d’une autre. Selon la médecine actuelle, la souffrance psychique de l’enfant est trop grande lorsqu’il n’est pas classifié dans l’une des deux catégories (h/f) et élevé comme tel, et les parents et médecins se voient confrontés au choix difficile de la détermination du sexe. Du point de vue légal, l’enfant doit aussi être enregistré sous l’un des deux sexes juridiques : garçon OU fille.

Ancêtres de la variance de genre

Il y a toujours eu des gens qui ne respectaient pas les règles de leur sexe, ou même qui se comportaient comme faisant partie de l’autre sexe (de Jong, 1999: 14). La société les a seulement abordés, interprétés et traités différemment, selon les conditions culturelles de l’époque à laquelle ils ont vécu. Historiens et autres écrivains nous fournissent quantité d’histoires de femmes se comportant comme des hommes et d’hommes se comportant comme des femmes. Aux dix-septième et dix-huitième siècles, le thème du ‘cross-dressing’ est particulièrement présent dans la littérature (romans, biographies, pièces de théâtre et opéras), mais aussi dans les journaux, les traités médicaux, les anecdotes et les récits de voyage; toutefois, pour chaque personnage ayant acquis de la notoriété, il doit probablement en exister des centaines d’autres restés dans l’anonymat (Dekker & van Pol, 1989).

Sources

  • de Jong, T. (1999). Man of vrouw, min of meer; gesprekken over een niet gangbare sekse. Amsterdam: Schorer boeken.
  • Dekker, R., & van de Pol, L. (1989). Vrouwen in mannenkleren. De geschiedenis van een tegendraadse traditie.Europa, 1500-1800. Amsterdam: Wereldbibliotheek.
  • Laqueur, T. (1990). Making sex: body and gender from the Greeks to Freud. Harvard: University Press.
  • Wils, K. (Ed.). (2001). Het lichaam (m/v). Leuven: Universitaire Pers