Hormones

Un traitement hormonal peut éventuellement être entamé dès la puberté. Avant cela, l’aide apportée à l’enfant/au jeune et à ses parents consiste donc essentiellement à l’établissement d’un diagnostic et à l’accompagnement de ces personnes dans la gestion des sentiments de genre variant et des problèmes qui y sont liés (ou qui peuvent y être liés).

Le traitement hormonal consiste en deux phases: la prise d’inhibiteurs de puberté et l’administration d’hormones sexuelles du sexe opposé au sexe de naissance. L’endocrinologue analyse dans quelle phase de développement (la classification de Tanner) se trouve l’enfant et quel traitement est donc adapté. Il faut donc d’abord faire passer à l’enfant un examen médical chez un endocrinologue. Ce médecin doit également exclure d’éventuelles causes physiques aux sentiments de genre atypiques comme l’intersexualité. L’endocrinologue est également bien placé pour accompagner l’enfant/le jeune dans le développement de sa puberté, tout au long de la thérapie hormonale, pour évaluer la densité de ses os et mesurer sa croissance.

Inhibiteurs d’hormones

Si l’enfant exprime la nécessité de stopper son développement sexuel correspondant au sexe qui lui a été attribué à la naissance, et que ses parents sont d’accord, il/elle peut commencer à prendre des inhibiteurs d’hormones à condition que l’équipe genre enfants et jeunes ait formulé un avis favorable à ce propos. Le fait que l’équipe connaisse l’enfant depuis suffisamment longtemps constitue un aspect important dans le cadre de cette décision.

Le début du traitement est déterminé par l’entrée de la puberté dans le stade 2 de Tanner, lorsque la production d’hormones sexuelles débute et que les caractéristiques sexuelles secondaires deviennent visibles. Ce moment diffère pour les filles et les garçons, et d’un enfant à l’autre. La ligne directrice à suivre n’est donc pas l’âge mais le stade de développement.

Chez les filles, ce stade se situe entre 8 et 13,5 ans et il correspond au développement de la poitrine et à celui de l’utérus, à une accélération générale de la croissance, à une accélération de la maturation osseuse et à une répartition féminine de la masse graisseuse corporelle. Chez les garçons, il faut examiner le volume testiculaire, qui doit être de 4 ml, ce qui est le cas entre 9 et 14,5 ans. L’endocrinologue examinera le corps et ses constatations cliniques seront également confirmées par les taux d’hormones observés dans le sang.

Il n’est pas possible ni nécessaire de suivre un traitement hormonal prépubertaire. Le traitement ne peut donc commencer qu’à partir du stade 2 de Tanner. Le traitement par inhibiteurs d’hormones est par ailleurs réversible et il n’est donc pas définitif, mais il permet plutôt de soutenir l’établissement du diagnostic. Il ressort de la pratique que lors de l’entrée dans la puberté, les réactions par rapport aux changements physiques sont souvent intenses, mais parfois aussi « étonnantes » : dans certains cas, l’entrée dans la puberté engendre un changement important dans l’identification du genre.

Quand décider de suivre un traitement par inhibiteurs d’hormones ?

Dans certaines situations, il peut se révéler important de débuter la prise d’inhibiteurs d’hormones pour deux raisons. Premièrement, cela donne plus de temps à l’adolescent-e pour explorer son identité de genre. La pression émotionnelle diminue, ce qui crée une zone de confort permettant de prendre une décision par le biais d’entretiens psychologiques. L’adolescent-e « gagne » ainsi plus de temps pour déterminer dans quelle direction évolue son sentiment de genre.

Deuxièmement, l’usage d’inhibiteurs d’hormones facilite la transition ultérieure éventuelle, puisqu’ils empêchent le développement des caractéristiques sexuelles secondaires (pensez notamment à la croissance de la poitrine ou des testicules/du pénis, à la mue, à la répartition de la masse musculaire/graisseuse, à la pilosité, etc.). L’administration d’inhibiteurs d’hormones peut être interrompue à tout moment et les effets de ces substances sont réversibles. En cas d’interruption du traitement, le processus de puberté reprend. Il s’agit donc d’une étape intermédiaire réversible du processus de découverte.

D’un point de vue juridique, toute personne dispose d’un droit à l’autodétermination par rapport à son propre corps, ce qui n’implique toutefois pas un droit à un changement de sexe sur le plan médical. En d’autres termes, un traitement a toujours lieu suite à une décision prise par une équipe multidisciplinaire qui doit suivre certaines directives éthiques. L’équipe enfants et jeunes évalue la nécessité de prendre des inhibiteurs d’hormones au cas par cas et suit pour ce faire les directives de la WPATH et de l’Endocrine Society.

Quels sont les effets des inhibiteurs d’hormones ?

En Belgique, le produit utilisé est administré toutes les 12 semaines par injection intramusculaire. L’INAMI ne rembourse cependant pas ce produit. Le coût d’un traitement par inhibiteurs d’hormones s’élève à environ 1200 euros par an. Dès le début de la prise des inhibiteurs de puberté, les caractéristiques déjà visibles de la puberté restent stables ou peuvent même s’atténuer un peu. Le corps continue de grandir, la plupart du temps à une vitesse de croissance prépubère (donc plus lentement que les autres enfants du même âge qui entrent dans la puberté).

Pour les filles trans, il est conseillé de considérer les différents aspects avant d’envisager de commencer à prendre des inhibiteurs d’hormones : poursuivre le développement (et donc être confrontée aux hormones sexuelles masculines) entraîne la croissance du tissu pénien. Cette croissance permettra plus tard d’effectuer une opération chirurgicale sexuelle (vaginoplastie) en utilisant la technique du lambeau pédiculé. Si la croissance n’est pas suffisante, cette technique ne sera pas possible et il faudra utiliser des techniques chirurgicales plus complexes. Le prestataire de soins abordera ces aspects avec l’adolescente et ses parents.

Une étude menée récemment aux Pays-Bas (De Vries, et al, 2014) auprès de 55 jeunes sur le suivi à long terme après la prise d’inhibiteurs d’hormones a montré que la dysphorie de genre (le fait de souffrir en raison de l’identité de genre ressentie) avait disparu, que le bien-être psychologique s’était fortement amélioré et que le bien-être global était similaire aux autres jeunes de leur âge. L’amélioration du fonctionnement psychologique était fortement liée au bien-être subjectif qui a fait suite aux interventions chirurgicales.

Qu’en est-il de la fertilité ?

Si une fille trans commence à prendre des inhibiteurs d’hormones au tout début de la puberté, elle n’atteindra jamais le stade de la production de spermatozoïdes et n’éprouvera pas non plus les sensations qui y sont liées. Si elle souhaite malgré tout faire congeler du sperme pour pouvoir éventuellement féconder une partenaire plus tard, elle doit alors interrompre temporairement la prise d’inhibiteurs d’hormones pour permettre à la production de spermatozoïdes d’avoir lieu (six mois environ), avec pour conséquence la poursuite de la puberté clinique entre-temps, dans la direction masculine. Cela peut se révéler très lourd sur le plan mental pour les filles trans. Les jeunes qui ne prennent pas d’inhibiteurs d’hormones peuvent également faire congeler du sperme avant le début du traitement hormonal de substitution.

Si les garçons trans veulent faire congeler des ovocytes, ils ne doivent pas interrompre la prise d’inhibiteurs, mais ils peuvent demander, lors de l’opération à l’âge de 18 ans, à faire congeler un ovaire entier. La viabilité du tissu ovarien (chances de survie et de fertilité) ne peut pas encore être garantie et cette technologie n’est en fait encore qu’au stade expérimental. Vous trouverez de plus amples informations sur la fertilité dans la rubrique « désir d’enfant ».

Traitement hormonal de substitution

Si les sentiments cross-genres continuent à se manifester de façon intense et permanente, le jeune homme/la jeune femme peut commencer une thérapie hormonale de substitution au plus tôt à partir de 16 ans. Ceci signifie que les filles trans commencent à prendre des œstrogènes, et les garçons trans de la testostérone, afin d’acquérir également les caractéristiques physiques souhaitées. Au début du traitement hormonal de substitution, les jeunes reçoivent une faible dose d’hormones, que l’on augmente ensuite tous les 6 mois, jusqu’à atteindre la dose que les adultes reçoivent. Cela permet d’imiter la puberté. Ce traitement a des conséquences irréversibles, raison pour laquelle la décision doit être prise après une discussion approfondie. Il faut également signer un formulaire de consentement dans lequel le jeune homme/la jeune femme déclare avoir été informé-e de tous les avantages et inconvénients associés à cette décision médicale.

Le coût du traitement hormonal (inhibiteurs d’hormones et hormones de substitution) n’est pas remboursé. Comptez environ 1096 à 1370 euros/an.

Juridiquement, une opération de changement de sexe peut se faire à partir de 18 ans. Si le traitement hormonal de substitution a été entamé après l’âge de 16 ans, il faut suivre une thérapie hormonale pendant au moins un an avant de pouvoir subir une chirurgie. L’ablation des seins (mammectomie) chez les garçons trans est possible à partir de 17 ans si la thérapie hormonale a débuté un an auparavant. Les rubriques « masculinisation » et « féminisation » vous en apprendront davantage sur la thérapie hormonale et les opérations.