Désir d’enfant

Le thème de la parentalité chez les personnes transgenres est très précaire dans le contexte belge. Et ce notamment en raison des critères prévus par la loi sur transsexualité dans le cas d’un changement officiel de sexe. Vu que le critère “ne plus être dans la possibilité de procréer selon le sexe d’origine” signifie dans la pratique l’enlèvement des gonades (testicules/ovaires), il est en théorie impossible qu’une personne transgenre tombe enceinte ou accouche après la transition et un changement officiel de sexe. En raison du traitement hormonal de longue durée et/ou des interventions chirurgicales, de nombreuses personnes transgenres ne sont plus fertiles.

Selon une étude flamande menée parmi des personnes transgenres en cours de traitement (ou ayant suivi un traitement) à l’UZ Gent, 46% ressentaient un désir d’enfant avant la transition, et 32% après la transition, et aucune différence n’a pu être constatée en fonction du sexe (Motmans, Meier & T’Sjoen, 2011). Ce sont principalement les jeunes qui ressentent un important désir d’enfant. La même étude a montré que 20% ressentaient des difficultés à ce propos  – ce qui indique que ce thème doit être abordé dans le cadre de l’accompagnement. Les jeunes personnes, qui doivent encore débuter leur vie adulte, sont celles qui ont du mal à accepter le fait qu’elles ne pourront plus avoir d’enfant plus tard (Motmans et al., 2011; Wierckx et al., 2012).

Malgré l’exigence d’infertilité et la stérilité engendrée par les traitements hormonaux et les interventions chirurgicales, il existe tout de même plusieurs options pour les personnes transgenres désireuses d’avoir des enfants. Les hommes trans et les femmes trans peuvent par exemple faire congeler leurs propres gamètes pour les utiliser plus tard, lors d’un traitement de fertilité. Dans certains cas, le/la partenaire peut être artificiellement fécondée au moyen de ces gamètes ; dans d’autres cas, il faut un donneur de sperme ou une mère porteuse. L’adoption constitue également une option.

Adoption, mère porteuse, etc.

Il existe d’autres pistes pour les personnes transgenres qui veulent réaliser leur désir d’enfant: l’adoption ou la mère porteuse.

Concernant les mères porteuses, il n’existe actuellement aucun cadre juridique, ce qui entraîne d’éventuels abus et des incertitudes. Pour ce qui est de l’adoption, la situation est différente : depuis que l’adoption est ouverte aux couples du même sexe, le sexe des parents adoptifs n’a plus d’importance. Ainsi, un changement de sexe ne peut plus être une raison en soi pour un refus. Néanmoins, lors d’une adoption, c’est toujours l’intérêt de l’enfant qui prime : les parents sont sélectionnés en fonction de l’enfant et pas l’inverse.

Pour les adoptions nationales, les services existants reconnus sélectionnent les parents candidats. La procédure consiste en une préparation obligatoire et une évaluation. Les antécédents transgenres d’un candidat à l’adoption seront naturellement abordés au cours de l’analyse de son dossier. Comme celle-ci consiste à parcourir l’histoire du candidat, la transition devra être mentionnée. On examinera certainement comment la personne transgenre et son / sa partenaire ont vécu cette phase, comment ces personnes envisagent d’en parler à l’enfant plus tard, etc.. Bref, le fait d’être transgenre n’empêche pas en soi l’adoption, mais cette expérience, son traitement et son impact sur votre vie seront certainement pris en compte, tout comme d’autres «transitions» importantes de la vie. Il se peut aussi que les services d’adoption connaissent mal le thème «transgenre» et s’interrogent sur son éventuelle influence sur le développement de l’enfant. Ici aussi, le manque d’informations et d’études relatives au bien-être de l’enfant de parents transgenres joue un rôle.

Une adoption internationale semble exclue pour les personnes transgenres, à moins que celles-ci masquent leur travestisme ou leur transgendérisme. Comme il faut envoyer une copie officielle de son acte de naissance, les services d’adoption dans les pays d’origine de l’enfant verront tout de suite un changement officiel de sexe. Et ce sont eux qui fixent les conditions auxquelles doivent répondre les candidats parents adoptifs. Comme le nombre de canaux d’adoption accessibles est très limité, les services d’adoption reconnus dans les pays d’origine de l’enfant ont l’embarras du choix devant les parents candidats à l’adoption. Les conditions sont très sévères en ce qui concerne l’âge, le mariage, la religion, le nombre d’enfants, etc., et elles sont liées aux usages culturels du pays d’origine. Toute personne qui s’écarte trop de leurs normes verra donc ses chances d’être choisie comme parent d’adoption sérieusement réduites.

Sources:

  • Motmans, J. (2009). Être transgenre en Belgique. Un aperçu de la situation social et juridique des personnes transgenres. Bruxelles: Institut pour égalité des femmes et des hommes.
  • Motmans, J., Meier, P., & T’Sjoen, G. (2011). De levenskwaliteit van transgenders in Vlaanderen. Antwerpen: Steunpunt Gelijkekansenbeleid.
  • Wierckx, K., Van Caenegem, E., Pennings, G., Elaut, E., Dedecker, D., Van de Peer, F., Weyers, S., De Sutter, P., & T’Sjoen, G. (2012). Reproductive wish in transsexual men. Human Reproduction, 27(2), 483-487.
  • Wierckx, K., Stuyver, I., Weyers, S., Hamada, A., Agarwal, A., Sutter, P., & T’Sjoen, G. (2012). Sperm Freezing in Transsexual Women. Archives of Sexual Behavior, 41(5), 1069-1071.