Expérience corporelle

Les recherches montrent que le fait d’être en désaccord avec son corps joue un rôle important dans les problèmes d’ordre sexuel (Doorduin & Van Berlo, 2012). Beaucoup de personnes transgenres ont le sentiment que leur corps et le comportement qu’on attend d’elles sur base de leur genre ne correspondent pas à l’image qu’elles ont d’elles-mêmes. La sexualité est un aspect de la vie où il est difficile de prendre ses distances par rapport à ce désaccord. Le comportement sexuel et le comportement relationnel sont en effet souvent très genrés : les adjectifs actif, fier et dominant sont souvent qualifiés de masculins, alors qu’un caractère passif, humble et docile sera considéré comme féminin. Ce ne sont toutefois que des attentes sociales qui peuvent différer de l’interprétation personnelle du comportement, mais elles engendrent souvent un sentiment ambivalent en matière de sexe. Les sensations physiques sont souvent vécues comme agréables, mais le sentiment que le corps ne correspond pas à l’image de soi engendre également du dégoût et de la tristesse. Le fait d’éviter les rapports sexuels ou de mettre des limites en la matière est alors souvent une façon de réduire la souffrance engendrée par cette discordance (Doorduin & Van Berlo, 2012). De nombreuses personnes transgenres souhaitent néanmoins avoir une vie sexuelle satisfaisante. Environ 80% des personnes transgenres vivent déjà des expériences sexuelles avec un-e partenaire avant la transition, mais la moitié évite les organes génitaux (Cerwenka et al., 2014). La sexualité comprend d’autres actes sexuels que ceux qui impliquent un contact génital, et ces autres actes engendrent souvent moins de discordance.

Masturbation

Plus de la moitié des personnes transgenres qui souhaitent subir une intervention médicale ont de l’expérience en matière de masturbation (Cerwenka et al., 2014). Toutes les personnes transgenres ne vivent toutefois pas cela positivement. L’important est de découvrir soi-même ce que l’on aime et où se situent nos limites personnelles. Il existe de très nombreuses façons d’avoir des rapports sexuels, et ces rapports peuvent, mais ne doivent pas, correspondre au comportement attendu dans un rôle de genre défini. La masturbation peut être une bonne manière d’apprendre à connaître son corps et d’informer son/sa partenaire à propos que ce que l’on apprécie ou pas. Aujourd’hui, il existe également du matériel érotique favorable aux trans qui donne une image beaucoup plus diversifiée des corps et de la sexualité que le matériel pornographique traditionnel, notamment avec des acteurs pornos transgenres ou genderqueer tels que Buck Angel, Courtney Trouble ou Jiz Lee.

Fantasmes cross-genre

Les fantasmes cross-genres consistent à s’imaginer conformément à l’image que l’on a de soi, tel que l’on s’identifie, parfois uniquement de façon imaginaire, parfois aussi au moyen de vêtements. Lorsqu’elles ont des rapports sexuels ou se masturbent, de nombreuses personnes transgenres fantasment sur un corps qui leur correspond mieux (Doorduin & van Berlo, 2012; Doorduin, De Graaf & Picavet, 2014). Les fantasmes cross-genres ne doivent cependant pas toujours nécessairement être d’ordre sexuel. Souvent, ces fantasmes n’ont pas pour objectif d’éveiller l’excitation sexuelle, qui constitue toutefois un effet secondaire et normal des émotions positives que ces fantasmes engendrent.

Actes sexuels et identité

Vous pouvez avoir des rapports sexuels de très nombreuses façons différentes, et également trouver votre identité dans certains actes. Vous pouvez utiliser différents moyens pour ressembler davantage à ce que vous ressentez, et ce également durant les rapports sexuels. Vous pouvez également, sans subir de traitement visant à adapter votre sexe, avoir des rapports sexuels qui vous semblent mieux correspondre à votre rôle de genre. Les hommes trans peuvent par exemple utiliser une prothèse pénienne ou un gode-ceinture. Vous trouverez ces accessoires dans un sexshop, ou sur l’un des sites spécialisés mentionnés sur la droite de cette page. Bien entendu, certains hommes trans apprécient d’être pénétrés au niveau vaginal ou anal. Le fait d’adopter un rôle masculin « dominant » n’est en effet qu’une norme sociétale qui peut différer de l’interprétation personnelle des actes sexuels. Un gode-ceinture peut ainsi être interprété comme masculin (représentation d’un pénis) ou comme féminin (ce sont surtout les femmes qui utilisent ce type de godemichet).

Les femmes trans peuvent conserver leurs prothèses mammaires pour se sentir plus féminines. Une autre manière, pour les femmes trans, de compenser la discordance entre leur corps et leur rôle de genre consiste à adopter des positions « féminines » durant leurs rapports sexuels. Le sexe anal peut être pour elles une manière d’être pénétrées et d’avoir de cette façon un comportement “féminin” correspondant à leur rôle de genre (selon les normes de la société). Indépendamment de cela, de nombreuses femmes trans apprécient de pénétrer elles-mêmes lors de leurs rapports sexuels.

Désignation des parties du corps

Utiliser des mots qui correspondent mieux à l’identité de genre est une autre stratégie possible pour gérer la discordance entre le corps et l’image de soi durant les rapports sexuels. Les parties du corps et les actes sexuels peuvent par exemple être désignés comme ils le seraient dans l’identité de genre souhaitée. L’interprétation de certaines parties du corps et de certains actes genrés ne doit en effet pas nécessairement correspondre à leur interprétation courante. Les hommes trans n’ayant pas subi d’interventions peuvent parler de « sucer » et de « branler » lors de la stimulation de leur clitoris.

Pour certaines personnes transgenres, cela suffit pour faire davantage correspondre leur expérience physique, l’image qu’elles ont d’elles-mêmes et leur rôle de genre, et elles développent alors une sexualité satisfaisante. D’autres personnes transgenres estiment nécessaire d’entreprendre des démarches supplémentaires, notamment un traitement hormonal et des opérations visant à adapter leur sexe, pour réduire cette discordance.

Sources

  • Doorduin, T. & Van Berlo, W. (2012).Een dubbel gevoel. Rutgers WPF.
  • Doorduin, T., de Graaf, H. & Picavet, C. (2014). Seksueel gedrag, seksuele beleving en seksuele problemen van transgenders. In de Graaf, H., Bakker, B. & Wijsen, C, Een wereld van verschil. Seksuele gezondheid van LHBT’s in Nederland 2013, 61-83. Rutgers WPF.
  • Cerwenka, S., Nieder, T., Cohen-Kettenis, P., De Cuypere, G., Hebold Haraldsen, I., Kreukels, B., Richter-Appelt, H. (2014). Sexual Behavior of Gender-Dysphoric Individuals Before Gender-Confirming Interventions.Journal of Sex & Marital Therapy, 0, 0, 1-15.